Le culte des morts durant l'Egypte Antique

Dans cet écrit, mon objectif premier est de vous présenter comment l'une des premières civilisations humaines va développer une croyance positive face à la Mort. 

Comment cette société égyptienne antique va s'y prendre pour que l'ensemble de ses citoyens soient le plus présentable possible le jour du jugement d'Osiris mais également comment elle va fonder un royaume des morts en parallèle à son développement économique, social et culturel...

 

Trois parties vous sont proposées afin de mieux développer cet exposé :

Nous verrons tout d’abord le culte des morts dans l’Egypte ancienne, puis le rituel à accomplir pour accéder au repos éternel et enfin, l’art cultuel funéraire égyptien qui devait servir de lieu de repos pour l’éternité des corps momifiés.

  • Histoire de l'Egypte Antique,
  • Mythologie égyptienne,
  • Le livre des morts.

 

 

 

 

 

  • L'embaumement définitif,
  • Le jour du Jugement,
  • L'alimentation du ka.

 

 

 

 

 

  • L'art funéraire accompagnant le ka,
  • L'art funéraire accompagnant le djet :

                 - le sarcophage,

                 - les sépultures sous les                          différentes dynasties.

 


Le culte des morts de l'Egypte Antique


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Fresque présente au musée du Louvres (Paris)

Petit résumé de l'histoire égyptienne permettant de mieux comprendre l'évolution de la croyance nécrophile de l'époque :


Durant près de 3 000 ans, l’Egypte antique fût dirigée, selon la volonté d’Horus le Dieu-roi, par les pharaons.

 

Le pharaon avait pour mission :

·         D’assurer la règle de la déesse Maat sur Terre :  assurer l’harmonie et la Justice sur terre,

·         Garantir la morale de son peuple,

·         Maintenir l’Ordre,

·         Combattre le Mal représenté par Isfet ou Apep (plus connu sous le nom d'Apophis),

·         Superviser les rites dédiés aux Dieux et mis en pratique par le clergé,

·         En un mot … en tant que suivant d’Horus, il est le garant de la prospérité égyptienne du point de vue économique, social et culturel.

 

Depuis l'époque la plus reculée, les Égyptiens pensent qu'il y a une vie après la mort mais ils ne se font pas une idée très précise de cette seconde vie et les croyances évoluent selon les époques. Certains pensent que le défunt entre dans une sorte de paradis champêtre : les champs d'Ialou, d'autres qu'il habite le monde souterrain d'Osiris ou qu'il trouve place dans le ciel parmi les étoiles, d'autres encore, qu'il continue de vivre dans sa tombe ou qu'il perche dans les arbres avec les oiseaux.
De même, la représentation du défunt après la mort n'est pas vraiment fixée. Le défunt peut réapparaître sous la forme d'un héron, d'un scarabée, d'une fleur de lotus sur l'eau...

A l'origine, seul le pharaon peut accéder à la vie éternelle. Les anciens pensaient que son corps momifié continuait à vivre dans sa tombe tandis que ses principes spirituels s'unissaient au soleil. Mais peu à peu, l'idée que tout homme puisse atteindre cette seconde vie se développe.

 

Dès l'Ancien Empire, les notables peuvent prétendre à l'éternité.

 

Au Moyen Empire, le privilège de la survie après la mort se démocratise et tout homme peut y aspirer s'il respecte certaines conditions. Mais le commun des mortels ne possède pas la même destinée cosmique que celle du pharaon...

 

horus-pharaon-mort-anubis-pyramide-mastaba-livre-des-morts-cleopatre
L'évolution de la civilisation égyptienne au cours de l'Antiquité

La mythologie égyptienne :


La mythologie égyptienne est très complexe. 

 

Jean-François Champollion (archéologue ayant déchiffré les hiéroglyphes) décède à Paris en 1832 en laissant le soin à son frère Jacques-Joseph la publication de la grammaire et du dictionnaire égyptien antique.

Depuis de nombreux égyptologues se sont rendu en Egypte afin d'étudier l'histoire et les messages de cette époque.

 

En 1869, Emmanuel de Rougé déclara lors d'une conférence que la religion égyptienne tendait plus vers une religion monothéiste que polythéiste. Cette caractéristique essentielle de la religion égyptienne est l'Unité s'exprimant de manière énergétique par les formules. Les multitudes de dieux égyptiens ne représentant en fait que les différentes facettes du Dieu Unique, Anonyme, Incompréhensible et Éternel dans sa plus haute pureté.

D'autres égyptologues de renom tels Erik Hornung (livre "Le Un et le Multiple"), Carl Richard Lepsius ou François Auguste Ferdinand Mariette iront dans ce sens.

 

Les différentes divinités égyptiennes que nous connaissons n'étaient que des représentants locaux et temporaires du Grand Dieu Eternel qui régit l'Univers sous trois vertues : Amour, Justice et Vérité. Chaque ville possédait ses propres croyances et mettait en avant telle ou telle divinité. 

Au fil du temps, les temples de chaque région évoluèrent doucement vers de nouveaux cultes sans rejeter les anciennes divinités. Certaines d'entres elles disparaîtront naturellement et selon les périodes dynastiques le culte du Dieu unique sera instauré. Pour exemple vers -1350, par opposition au culte dynastique d'Amon, le pharaon Amenhotep IV va imposer le culte exclusif du Dieu solaire Aton et se fera appelé Akhénaton. 

 

Voici les principales divinités égyptiennes connues durant les époques Pharaoniques et Ptolémaïques :

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Déesses "Sekhmet" et "Bastet"
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"Osiris" entouré d'un pharaon et de son fils "Horus"
mythologie-egyptienne-khnoum-belier-homme-eau
Dieu "Khnoum"

Pour les égyptiens, Vie et Mort étaient liées. On peut le voir avec 4 Dieux principaux descendant de Geb et de Nout qui sont frères et sœurs (Isis, Osiris, Seth et Nephtys).

Deux étaient des dieux de la fertilité, Osiris et Isis dont Osiris était le Roi de la Terre Noire. Cette terre fertile était rejetée par le  Nil lors de ses crues et permettait à l’Egypte d’avoir des récoltes abondantes chaque année (à l’exception de certaines années de sécheresses).

Les deux autres Dieux étaient des dieux de la mort, Nephtys et Seth dont Seth était également le roi de la Terre Rouge. Cette terre aride n’était nulle autre que le désert.

En plus de la mythologie proprement parlé, des symboles permettaient de mieux comprendre cette liaison entre la vie et la mort.

La couleur du noir : le noir est considéré comme source de deuil et de mort dans nos religions. Pour les égyptiens, le noir représentait la fertilité (n’oublions pas que le Nil rejette du limon noir pour fertiliser les terres lors de ses crues). Les Dieux Osiris et Anubis possédaient la peau noire. Le noir représente également la mort en Egypte antique mais comme les égyptiens étaient persuadé que la mort était le passage obligé pour renaitre au côté de leur roi Osiris,  cette couleur était plutôt positive.

 

La croix d’ankh : celle-ci avait 2 majeures significations. Le hiéroglyphe ankh signifie la vie à laquelle est associée la prospérité et la stabilité. La deuxième signification est également la vie éternelle.

Le livre des morts :


Le livre des morts a pour véritable titre « Livre pour sortir au jour ». Ce livre composé de 165 chapitres scindés en 12 parties permettait au défunt de traverser les 12 heures de la nuit en incantant des prières au nom du dieu soleil Ré. A la fin de chaque nuit, Osiris et Amon-Ré s’unifiaient pour lutter contre Apophis. Lorsqu’Amon-Ré entrait dans le grand serpent pour tenter de le détruire, il en ressortait rajeunit pour renaître à l’aube. A ce moment là, le ba (âme extérieure) du mort pouvait ressortir du djet (corps momifié) pour continuer à vivre auprès des vivants.

Il comprenait également toute la cartographie du monde de l’au-delà pour l’aider à rejoindre la barque solaire de Ré dans son voyage vers l’invisible.

 

Ce recueil d’incantations et de formules magiques est apparue au Moyen Empire. Auparavant, ces textes étaient consacrés aux pharaons et écrits directement sur les murs des mastabas et des pyramides.

Ces textes apparurent par la suite sur les sarcophages dès lors que les femmes des pharaons et les nobles pouvaient accéder à l’immortalité.

 

Dès le Moyen empire, chaque égyptien apprenait par cœur ces formules afin de pouvoir franchir tous les obstacles jusqu’au royaume des bienheureux.

 

Des extraits du livre voire le livre dans son entier, sous forme de papyrus, étaient placés au côté du défunt afin de l’assister dans ses incantations si celui-ci devait avoir des trous de mémoire le moment venu.

osiris-egypte-antique-moyen-empire-texte-des-pyramides
Livre des morts égyptien
texte-des-sarcophages-formules-magiques-mastaba-hypogee
"Livre pour sortir du jour"
papyrus-peinture-frise-formules-magiques-egypte-royaume-des-morts
apparu au Moyen Empire

L'accès à la Vie Éternelle :


En effet, les Egyptiens ne conçoivent pas l'être humain comme un être unitaire mais comme une composition de plusieurs éléments charnels et spirituels. A la mort, les éléments spirituels sont libérés du corps mais ils doivent retrouver la partie charnelle du corps pour qu'ils puissent continuer de vivre.


Les sept principes de la personne humaine :
- le djet : c'est le corps matériel (la partie qui doit être momifiée)
- l'akh : la puissance céleste. L'akh, c'est l'un des éléments immatériels de la personne, il contribue à la survie dans l'au-delà, il est représenté par un ibis à crête (aigrette) et incarne l'esprit lumineux qui rejoint les dieux. L'akh permet au défunt d'accéder aux étoiles lors du passage dans l'au-delà. A l'origine, seuls les rois et les dieux étaient pourvus de l'akh.
- le ba : l'âme extérieure. Le ba incarne l'âme du mort et est représenté sous la forme d'un oiseau, ibis ou faucon par exemple, à tête humaine. Sorte de double de l'individu, le ba reprend sa liberté après la mort : comme un fantôme volant, il sort de la tombe, survole les endroits qu'aimait le défunt pour le faire participer à la vie extérieure puis revient se poser sur la momie. Le corps et le ba doivent rester unis : "Tu montes, tu descends... tu glisses, comme ton cœur le désire, tu sors de ton tombeau chaque matin, tu y rentres chaque soir".
- le ka : l'énergie vitale. Le ka c'est sans doute l'élément le plus important. C'est l'énergie vitale, sorte de force qui entretient la vie, confère par sa présence nourriture, protection, santé, bonheur au corps. Quand un homme naît, son ka est modelé par le dieu créateur Khnoum sur son tour de potier. Le ka ne quitte jamais la personne, il grandit avec elle. Après la mort, pour survivre, le ka a besoin d'un support : le corps momifié ou à défaut une représentation du défunt, statue ou image gravée ou peinte*. C'est au ka du défunt que l'on apporte les offrandes alimentaires nécessaires à la vie dans l'au-delà. Le pharaon est le seul à être uni à son ka de son vivant, c'est la personnification de sa nature divine. Les autres hommes ne fusionnent avec leur ka qu'après leur mort. Les formules "rejoindre" ou "passer son ka" sont synonymes de mourir.
* cette conception fait de l'art égyptien, un art utilitaire accordant à l'homme une vie éternelle.
- le shout : l'ombre (les dieux ont aussi une ombre). L'ombre ne quitte jamais l'homme ; dans un pays de soleil, elle évoque l'idée de bien-être, de repos, de calme. Elle peut aussi représenter la puissance sexuelle de l'individu.

- le nom du vivant (Ren) : en prononçant le nom du vivant, même après la mort, on perpétue son existence.
- le cœur (physique et spirituel) : pour les Egyptiens, le cœur est le siège de la pensée, de la raison et de la conscience morale. Lors du jugement d'Osiris,  le cœur est pesé pour savoir si le défunt est digne d'être sauvé.


Ces sept entités qui composent la personne humaine sont inséparables, durant la vie et après la mort.

 

ankh-vautour-horus-serpent-eau-nil-egypte-antiquite
Hiéroglyphes
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"Anubis" dieu des morts et des rites égyptiens

 3 conditions sont obligatoires pour accéder au royaume d’Osiris :

 

·         L’embaumement,

 

·         Avoir un ka pur en ayant pratiqué la bonté et la Justice durant sa vie,

 

·         Avoir de quoi alimenter son ka dans l’au-delà.

L'embaumement définitif :


L’embaumement définitif ou momification est un rituel funéraire pratiqué par les embaumeurs et les prêtres sur une durée de 70 jours.

Pour les égyptiens, lors du décès, le ba et le ka devaient par tout moment pouvoir accéder au corps momifié. En quelque sorte, ce corps devait être purifié et divinisé comme l’a été le corps d’Osiris.

 

Bien entendu, cette pratique avait un coût élevé que seuls les riches pouvaient s’offrir. Or, très attachés à la notion de justice et de bien, les égyptiens enterraient leurs concitoyens dans une simple tombe de sable en compagnie d’une statut ou d’une image à leur effigie. Ce qui fait que si la momification naturelle ne se faisait pas, le ba et le ka du défunt pouvaient revenir en un endroit pour se protéger des ténèbres.

 

L'origine spirituelle de la momification :

 

C’est durant la IIIème dynastie, dans l’Ancien empire, que le mythe d’Osiris naquit et qu’il fût donné à tous les égyptiens l’espoir d’une vie après la mort. Chose auparavant attribué uniquement au pharaon.

Voici le mythe d'Osiris : "Geb, Dieu de la terre et Nout, déesse du ciel, avaient deux fils, Osiris et Seth, et deux filles, Isis et Nephtys. Osiris épousa Isis et Seth prit pour femme Nephtys. Osiris régnait sur l'Egypte.

Seth, jaloux, voulut le tuer :

Seth fit réaliser un coffre magnifique à la mesure du corps d'Osiris, il l'apporta lors d'un banquet. il annonça qu'il le donnerait à celui qui, en s'y couchant, le remplirait parfaitement. Lorsque Osiris s'y étendit, Seth rabattit rapidement le couvercle, le cloua, et le jeta à la mer.

Désespérée, Isis le chercha jusqu'en Phénicie. Elle y retrouva le cercueil et le ramena en Egypte.

Mais Seth réussit à s'emparer du corps et le coupa en quatorze morceaux qu'il dispersa.

Isis rassembla les membres épars de son mari, reconstitua le corps avec l'aide du dieu Anubis, l'entoura de bandelettes et réussit à lui rendre vie.

Plus tard, Horus, le fils d'Osiris et d'Isis, vengea son père : il tua Seth et devint pharaon à son tour.

Depuis ce jour, Osiris règne sur le royaume des morts et peut ouvrir, pour chaque égyptien après la mort, les portes de l'éternité."

Grâce à l’embaumement et aux formules incantatoires, Osiris fût ressuscité. A ce moment là, Osiris est considéré comme le dieu des morts et du recommencement de la vie. Il est représenté comme une momie entourée de bandelettes.

 

Le processus de momification :

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Processus de momification du temps de l'Egypte Antique
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Canope "Amset"
canope-hapi-poumons-momie-defunt-egypte-antique
Canope "Hâpi"
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Canope "Douamoutef"
canope-kebehsenouf-intestins-momie-defunt-roi-pharaon-kheops-nefetiti
Canope "Kébehsénouf"

L'évolution des techniques de momification :

  • Ancien Empire : technique réservée uniquement aux riches. Etant aux prémisses de la momification, les momies retrouvées n’ont laissées que des téguments noircis collés au squelette.

  • Moyen empire : l’embaumement devient plus courant et plus minutieux mais les méthodes de conservation laissent à désirer. 

  • Nouvel empire : apogée de la technique de momification. On arrive à conserver au visage son expression.

    Ces momies sont classées comme les plus réussies dans la conservation et l’expression.

 

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momie présente au musée du Louvre (paris)
rituel-embaumement-retrait-organes-coeur-cerveau-intestin-foie
Rituel de l'ouverture de la bouche
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Masque mortuaire présent sur une momie

Le jour du jugement :


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Tribunal d'Osiris (Musée du Louvre)

 A la fin de l’embaumement, le ka, lui, doit parcourir un long voyage.

 

Il doit :

·         Traverser le fleuve séparant le monde des vivants du royaume des Dieux. Par cela, il doit demander (en prononçant leur nom) à tous les éléments du bateau de s’assembler, puis de décliner son nom et indiquer sa destination. Chaque composant du navire est ensuite mis en mouvement selon les ordres qu’il donne.

·         Triompher des embûches du monde souterrain : grâce aux amulettes magiques, aux formules magiques du livre des morts écrites sur les morceaux de parchemin, et l’aide apporté par les dieux qu’il invoque par des prières apprises de son vivant.

 

Une fois arrivée, le Dieu Anubis attend le défunt et le conduit dans la chambre des 2 Justices présidée par Osiris et 42 juges.

Osiris siège sur son trône, derrière lui ses deux sœurs et devant lui les 4 génies protégeant les canopes.

Là, le cœur du défunt (le cœur était la représentation de la conscience de l’égyptien) est posé sur la balance sur le plateau de gauche. Sur celui de droite se trouve une plume de la Déesse de la Justice Mâat. Si le cœur était plus lourd, l’âme du défunt était pleine de péché et était de suite dévoré par la déesse Aménet. Si, au contraire, il était plus léger, les portes du jardin d’Ialou lui étaient ouvertes.

Durant cette pesée, le défunt devait réciter la 125ème formule du livre des morts indiquant qu’il était pur de cœur et de corps.

Thot, le Dieu de la sagesse prononçait le verdict et Horus, le Dieu-roi, invitait le ka à pénétrer dans le royaume des Dieux.

Celui-ci était présenté comme un magnifique pays ressemblant au delta du Nil sans ses caprices et toujours avec des récoltes abondantes.

L'alimentation du ka :


Une fois arrivé dans le domaine d’Osiris, le défunt est de nouveau soumis aux contraintes de la vie. Il doit s’alimenter pour ne pas mourir.

Deux solutions lui sont proposées :

·         Soit recevoir la nourriture des vivants sous forme d’offrandes,

·         Soit travailler la terre d’Ialou pour se procurer de la nourriture.

 

C’est la raison pour laquelle que l’on retrouve du mobilier et de la nourriture auprès du défunt dans son tombeau. Ceci permettait au ka de continuer à vivre tel qu’il vivait de son vivant et à lui apporter les forces nutritionnelles nécessaires pour s’installer sur les nouvelles terres.

 

Pour les plus riches, des offrandes pouvaient être faites chaque jour afin que celui-ci n’ait pas à travailler la terre.

 

Dès le Nouvel empire, des statuettes étaient placées dans les tombeaux afin de travailler la terre à la place du défunt. Pour exemple, Toutankhamon en possédait 413.

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Le menu de Tepemânkh (pharaon de l'Ancien Empire) présent dans sa mastaba (Musée du Louvre - Paris)

L'art funéraire égyptien :


L’art funéraire est représenté sous toute forme (sculpture, peinture, construction de bâtiment) correspondant à la mort.

 

Les égyptiens vont développer un véritable chef d’œuvre dans le domaine du funéraire.

 

On va y retrouver un art accompagnant le ka du défunt mais également le djet.

L'art funéraire accompagnant le ka du défunt :


Dans l’au-delà, le défunt avait besoin de mobilier et de nourriture pour continuer à vivre. Pour faire simple, les besoins élémentaires nécessaires pour vivre étaient les mêmes que sur terre (manger, boire, dormir).

 

C’est pour laquelle, lors des fouilles de tombeaux égyptiens, la dépouille était entourée de diverses statuettes, mobilier, pièces d’or, de parchemin, etc …

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Mobilier placé au côté du pharaon
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Statuettes présentent dans les tombeaux égyptiens

L'art funéraire accompagnant le djet du défunt :


L’art funéraire accompagnant le djet était :

·         Le sarcophages : dans lequel était entreposé le corps lui-même,

·         Les sépultures : qui ont évoluées au fil des dynasties,

 

·         Les complexes funéraires : regroupant des temples dédiés aux Dieux et aux sépultures.

Les sarcophages :


Le mot sarcophage est mal désigné pour représenter l’objet dans lequel était installé la momie.

 

Etymologiquement, sarcophage vient du latin « sarcophagus » qui signifie littéralement « destruction des chairs ».

Le but premier du sarcophage, est d’entreposer un corps à l’intérieur afin que la thanatomorphose puisse faire naturellement son œuvre. C’est-à-dire, laisser le corps se décomposer naturellement en laissant travailler les différentes « escouades » de nécrophages (californien, sarcophagien, démétérien, corinétien, …).

Aujourd’hui, notre civilisation utilise des cercueils (petits sarcophages) pour accomplir ce rite de décomposition des chairs.

 

Ce terme est en totale contradiction avec la volonté mortuaire égyptienne puisque pour eux, l’objectif était de maintenir le corps dans un état quasiment intact.

C’est pour cela, que les égyptiens appelaient « Neb Ankh » leurs sarcophages. Littéralement, cela veut dire « Maître de la vie ».

 

Il a pour fonction :

·         Protéger le corps momifié,

·         D’être la nouvelle demeure du djet,

·         D’être la reproduction en miniature de l’univers : couvercle (ciel), fond (terre), 4 côtés (les 4 horizons). Le corps est déposé la tête au nord et tournée vers l’Est.

 

Evolution de la forme du sarcophage :

·         Epoque Thinite : cercueil en bois rectangulaire de la forme de la tombe,

·         Ancien Empire : cercueil en bois déposé dans un sarcophage en pierre,

·         Moyen Empire : la momie est placé dans un premier cercueil en bois qui est placé dans un autre cercueil en bois. On y trouve des extraits du livre des morts et l’intérieur de chaque sarcophage est muni d’une porte factice. Des formules d’offrandes sont également gravées à l’intérieur.

·         Fin du Moyen Empire jusqu’à la fin du Nouvel Empire : la momie est placée dans un linceul entouré de bandelettes. Un masque funéraire est mis sur la tête et le tout est inséré dans un sarcophage à forme humaine (anthropomorphe). Des extraits du livre des morts sont inscrits sur le sarcophage. Osiris est peint sur le côté est, Anubis sur le côté Ouest, Isis au sud et Nephtys au Nord. Nout, est peinte sur le couvercle intérieur afin de protéger le défunt et Geb sur le fond.

Les masques mortuaires vont également évolués. Des plastrons et des dosserets vont apparaître protégeant entièrement la partie haute du corps momifié.

·         Dès l’époque Ptolémée et romaine : apparition de portraits réalistes sur le sarcophage et les linceuls.

 

Les masques mortuaires sont réalisés en plâtre et épousent plus les traits des visages.

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Cuve monolithe en granit rose de Ramsès III
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Sarcophages intermédiaires
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Intérieur d'une cuve funéraire

Les sépultures sous les différentes dynasties :


Tout comme le sarcophage et le processus de momification, les sépultures vont également évoluées avec le temps :

·         Jusqu’à l’époque Thinite : simples inhumations,

·         Epoque Thinite : mastabas (pour les pharaons),

·         Ancien Empire : pyramides (pour les pharaons) et mastabas (pour les riches),

 

·         Dès le Nouvel Empire : les hypogées (pour riches et pharaons).

Les inhumations :


Par définition, inhumation désigne la mise en terre du corps.

 

Evolution des mises en terre :

·         Lorsque les huttes étaient rondes : le trou était circulaire et recouvert d’un tas de sable en forme de rectangle (désignant l’éternité).

 

·         Lorsque les habitations apparaissent rectangulaires et en briques : la sépulture devient rectangulaire,

Les mastabas :


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Mastaba

Le mastaba est apparu lors de l'Ancien Empire par les nobles et les dignitaires du régime (grands prêtres et hauts fonctionnaires).

Le mastaba se compose d'un noyau compact de sable, de terre, de moellons et de gravats bloqués par un revêtement solide de briques crues (jaunes ou noires) ou de pierres calcaires.

Sa forme est rectangulaire avec des faces légèrement pentues souvent peintes.

Sa dimension varie selon le degré d'importance de son/ses hôte(s). La base peut varier de 5 * 15 mètres à 16 * 104 mètres.

 

La particularité du mastaba, qui a pour objectif d'être la maison pour l'éternité du mort, est qu'il ressemble de par sa forme à la maison des vivants de l'époque.

Les pyramides :


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Pyramide

L'origine du mot pyramide est incertaine. 

Les égyptiens de l'Antiquité utilisaient le mot "mer" pour désigner "aimer, amour, canal, houe et pyramide".

Les grecs vont définir ces vestiges funéraires sous le mot "puramis" (gâteau au miel) rappelant la forme des greniers royaux.

les romains les appelleront "pyramis".

Fin du XIXème siècle, l'égyptologue français Gaston Camille Charles Maspero pensa même que l'origine du mot pouvait venir de "periemous", nom que les géomètres égyptiens employaient pour désigner l'un des côtés de la pyramide.

 

La pyramide avait pour fonction d'abriter le corps momifié d'un pharaon, d'une reine voire de grands personnages d'Etat et faisait partie d'un vaste complexe funéraire se composant en plus de la pyramide, de deux temples reliés entre eux par une chaussée. La pyramide symbolisant par sa forme un vaste escalier permettant au personnage défunt de rejoindre l'univers céleste des dieux de l'immortalité.

 

Aujourd'hui, nous recensons près de 123 pyramides en Egypte et sont quasiment toutes regroupées en Basse-Egypte sur la rive gauche du Nil entre gizeh et El-Lahoun sur près de 160 kilomètres. les premières sont apparues au début de l'Ancien Empire pour s'arrêter au début du Nouvel Empire.

Les hypogées :


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Hypogée

Les hypogées sont apparus au début du Nouvel Empire. Ces constructions souterraines sont creusées directement dans le roc des montagnes afin d'échapper aux pillards de pyramides.

 

Ces tombeaux étaient composés d'une anti-chambre où se trouvait derrière un couloir menant à une chapelle. Dans cette chapelle se trouvait un puits menant à la chambre funéraire.

 

Ces lieux de repos étaient dissimulés une fois son propriétaire inhumé. De nos jours, nous trouvons encore des vestiges cachés dont le plus connu est celui de Toutankhamon le 4 novembre 1922.

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Allée des sphinx - musée du Louvre (Paris)

En résumé : Cette démonstration a mis en lumière le caractère préparatoire que revêt la vie terrestre chez les Égyptiens, vers la vie céleste auprès d'Osiris. Chaque fait et geste comptait pour la pesée de leur coeur le jour du jugement.

Mourir sans sépulture ou inhumé à l'étranger dans des conditions hors rituels était impensable à l'époque. Protéger son djet, permettre au ka de vivre et le protéger d'Apep ainsi que de ses sbires tout en continuant à faire "vibrer son nom" une fois mort est capital.

A défaut, des rites magiques préparatoires doivent être créés et récités afin de ne rien manquer dans l'autre monde, sous peine de devoir y travailler pour continuer d'exister.

Les grands personnages de l'époque, pour continuer à évoluer sereinement dans l'Au-delà devaient faire vibrer leur nom dans la bouche des êtres vivants en accomplissant des actes ou des édifices "immortels"... Se voir effacer son nom d'une statue, d'un monument ou d'un texte hiéroglyphe était considéré comme une volonté de s'attaquer au ba et au ren du défunt...

Nous trouvons également beaucoup de statues représentant un personnage important au nez cassé ou aux oreilles cassées. Ces actes malveillants (ou iconoclasmes) ont pour objectif de détruire le caractère magique de lieu de repos de l'âme. En détruisant une partie de la figurine (ou de la statue), la "force de l'image" représentée disparaît. La partie du corps abîmée ne peut plus assurer son rôle pouvant conduire à la "mort magique" de l'oeuvre.

Lorsque nous disons pharaon, notre pensée se tourne inévitablement vers Khéops. Son nom a traversé le temps grâce à ses réalisations architecturales à Gizeh dont la construction de sa pyramide est considérée comme la perfection des techniques de construction et d'architecture des pyramides égyptiennes. Faisant encore parler de lui à ce jour, ce souverain a su toucher du doigt l'immortalité, son nom résonnant encore dans toutes les bouches et les livres d'histoire.

 

 

Aujourd'hui, notre société s'orientant de plus en plus vers la destruction du corps par le biais de la crémation, était inimaginable à cette époque. L'adage "On n'a qu'une vie", excuse à toutes les expériences et bêtises commises, n'avait aucune valeur chez les Egyptiens sans cesse dans le calcul du bon comportement à adopter pour la pesée finale. De plus, pour beaucoup de personnes crématisées, dont leur volonté est souvent d'être dispersées en pleine nature, aucun lien de repos n'existe pour le ka ou de sanctuaire pour continuer à faire vibrer le nom du défunt.

 

Me concernant, je pense qu'il n'est nullement nécessaire de construire un lieu de repos matériel pour continuer d'exister éternellement. La véritable maison d'un défunt reste dans ce qu'il a su bâtir de plus fort et que nul ne peut lui retirer. sa façon d'Être tout au long de sa Vie va enrichir les gens qui vont lui être plus ou moins proches par le biais de la connaissance, du partage du Savoir voire de l'Amour. Ce travail de Partage et d'Amour va permettre de faire vibrer plus ou moins consciemment son ren auprès de ces personnes rencontrées tout au long de sa Vie.

Jean Cocteau ira même jusqu'à dire que "le véritable tombeau des mort est le coeur des vivants". Encore une jolie image permettant au ka de se protéger des armées d'Apophis en attendant la renaissance d'Amon-Rê...

Et que se passera t-il pour notre ba où ces vivants devront décéder à leur tour ? tout simplement : le savoir donné à ces personnes continuera d'être transmis aux générations futures maintenant ainsi le lien éternel permettant à notre énergie vitale de perdurer toujours et d'accomplir son dessein...

(Article écrit le 29 septembre 2018 par Frédéric)

Photos prises au musée du Louvre (Paris)